Japon

Dimanche 29 novembre 2009

le 28/11/2009 à 18h33  par Patrice Novotny (AFP)



Lorsque Mayuko Nakamura a annoncé sa grossesse à son employeur, il lui a montré la porte. Un cas révélateur du défi posé au gouvernement japonais: lever les obstacles dissuadant les femmes d'enfanter afin de redresser une natalité catastrophique.

 

Afficher l'image Une famille lors de la fête de Shichi-go-san
Une famille lors de la fête de Shichi-go-san

"La direction des ressources humaines m'a demandé de signer une lettre de démission pour motif personnel", raconte cette ancienne employée en CDD d'une grande maison d'édition de Tokyo. Après s'être exécutée sous la pression, elle n'a eu droit à aucune indemnité.

Confrontées à ce genre de problèmes, les Japonaises s'inquiètent du manque de soutiens apportés aux mères et accouchent peu depuis les années 1970. Le taux de fécondité, bloqué à 1,37 enfant par femme en 2008, menace de faire chuter de 127 à 95 millions la population du Japon d'ici 2050 et le nouveau Premier ministre de centre-gauche, Yukio Hatoyama, a fait de l'augmentation des naissances une priorité. Symboliquement, il a confié un secrétariat d'Etat à la Démographie et à l'Egalité des genres à Mizuho Fukushima, une avocate féministe qui dirige le Parti Social-Démocrate. "Malheureusement, 70% des jeunes mères quittent leur emploi. Nous voulons qu'elles puissent continuer à travailler", explique Mme Fukushima lors d'un entretien à l'AFP. Les autorités veulent créer des places en crèche et encourager les congés de maternité, poursuivant la politique timidement initiée par les gouvernements conservateurs.

Traditionaliste, la mentalité japonaise évolue: seuls 23% des Nippons jugeaient souhaitable qu'une mère travaille en 1992, un taux monté à 43% en 2007, selon les enquêtes officielles. Le culte de l'homme au travail a toutefois la vie dure et un trentenaire sur cinq travaille plus de 60 heures par semaine. Une femme active sait qu'elle devra s'occuper seule de sa progéniture en rentrant à la maison, ce qui en dissuade certaines sur le chemin de la maternité, sans compter la pauvre vie sexuelle des salariés débordés... qui réduit dès le départ les chances de grossesse. "Travail, longs temps de transport, les gens sont fatigués le soir", reconnaît Mme Fukushima. "Nous devons réguler le temps de travail pour que les hommes puissent participer aux tâches domestiques." Un congé de paternité a été créé il y a quelques années mais n'était pris en 2008 que par... 1,2% des pères. La secrétaire d'Etat veut promouvoir ce système, mal connu selon elle. Mises bout à bout, les réformes récentes ont contribué à un frémissement du taux de fécondité qui avait touché un plus bas en 2005, à 1,26 enfant par femme.

Mais pour la sociologue Yuko Kawanishi, le travail n'est qu'un aspect du problème. "La principale raison est que les gens se marient de plus en plus tard, voire pas du tout, et qu'il est très rare d'enfanter hors mariage", explique-t-elle. Seuls 3% des bébés sont dans ce cas au Japon, contre plus de 50% en France et près de 40% aux Etats-Unis. En cause: la discrimination dont souffrent ces enfants qui ne reçoivent, par exemple, que la moitié de l'héritage attribué à leurs frères et soeurs "légitimes". "Nous comptons réformer le code civil" pour arrêter cette ségrégation, promet Mme Fukushima, afin d'encourager les concubins à enfanter.

Le gouvernement a promis en outre de créer une allocation familiale de 26.000 yens (200 euros) par mois et par enfant jusqu'à sa sortie du collège, afin de rassurer les parents potentiels qui renonceraient face à l'ampleur des dépenses. "Ainsi, nous pourrons créer une société où avoir un enfant ne sera plus considéré comme un handicap", espère Mme Fukushima.

Par Nanaud
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Vendredi 27 novembre 2009

le 27/11/2009 à 12h50  par Karyn Poupée (AFP)

 

Bras manipulateurs hier assimilables à des mini-grues autonomes, les robots industriels japonais ont désormais une physionomie et des fonctions qui les rapprochent de l'homme, afin d'effectuer à sa place des tâches rébarbatives à une cadence... inhumaine.

 

Afficher l'image Le robot Nextage de Kawada Industries assemble des éléments au salon du robot à Tokyo
Le robot Nextage de Kawada Industries assemble des éléments au salon du robot à Tokyo

On a peine à suivre tant ils vont vite: alignés le long de tapis roulants, les automates de Fanuc, plus gros groupe nippon de robotique industrielle, attrapent une à une et rangent dans des boîtes des pièces de différentes couleurs. Ils n'en ratent aucune, ne se trompent pas, ne s'arrêtent pas et ne réclament rien. Face à ces machines corvéables à souhait, l'ouvrier ne peut plus lutter. Pourtant, c'est lui, avec ses bras, ses doigts, ses yeux et son cerveau, qui a bel et bien servi de modèle pour développer ces bêtes de technologie.

"Nos robots sont dotés de divers capteurs et d'un système de reconnaissance visuelle qui leur permet de distinguer les différentes formes, de les manipuler comme il faut et de travailler en équipe", explique un démonstrateur de Fanuc. Ces bras intelligents jaunes, équipés de têtes-chercheuses, sont notamment utilisés pour mettre en boîte des médicaments dans les usines de laboratoires pharmaceutiques ou pour manutentionner et trier divers produits dans les sites de production et d'emballage d'aliments.

Chez le concurrent Yaskawa, la recréation mécatronique des facultés humaines basiques pour effectuer à la chaîne un travail répétitif, fatigant et inintéressant est encore plus visible. Ses manipulateurs "Motoman" ne sont certes pas des robots bipèdes humanoïdes, mais le simple fait de coupler deux bras et un tronc leur donne un physique presque anthropomorphe. Il suffit de leur ajouter une tête en plastique pour faire davantage illusion, ce que Yaskawa ne se prive d'ailleurs pas de faire. Ces couples de bras articulés peuvent effectuer des tours à 360 degrés pour récupérer des pièces derrière eux en un tournemain, explique Yaskawa.

Leur intelligence est certes déportée dans un ordinateur, mais cela ne les empêche pas de se substituer à l'homme quand la célérité d'exécution devient le nerf de la compétition. Plusieurs Motoman peuvent par exemple s'activer à différents postes successifs d'une usine pour monter pièce par pièce et de bout en bout divers types de produits, rapidement, continûment et à moindres coûts.

Tous les fabricants le disent cependant: la juste répartition des rôles entre l'homme et la machine et la sécurité lorsqu'ils oeuvrent ensemble demeurent les conditions essentielles pour faire accepter les robots plus largement dans les entreprises et la société, même si au Japon, l'a priori est plutôt favorable.

De fait, même les spécialistes des robots industriels tentent de donner un peu de chaleur humaine à leurs créatures: pour prouver les diverses capacités sensorielles et gestuelles de ses Motoman, Yaskawa leur fait préparer en public des "okonomiyaki", sortes de grosses crêpes nippones salées, fourrées de légumes et dures à cuire.

Par ailleurs, grossit actuellement au Japon une industrie robotique des services dans laquelle les Yaskawa, Fanuc, Denso, Mitsubishi Electric et autres grands noms des automations industrielles devraient jouer un rôle grâce à leurs technologies éprouvées. Existent déjà ou sont en cours de développement des robots, non-humanoïdes en apparence mais très humains dans l'âme, comme d'agiles manipulateurs de malades et handicapés, des laveurs de vaisselle, des trieurs et repasseurs de linge, des ramasseurs d'ordures, des patrouilleurs ou encore des éclaireurs et sauveteurs de personnes ensevelies lors des désastres.

Par Nanaud
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Vendredi 27 novembre 2009

le 26/11/2009 à 13h00  par AFP


Des policiers japonais experts en arts martiaux arpentent, déguisés en femmes, les rues de Nagoya (centre) la nuit pour prendre sur le fait les voleurs à la tire.

 

Depuis le mois d'octobre, ces drôles de dames, équipées de perruques, talons aiguilles et surtout de sacs à main de luxe, servent d'appât pour attirer les
chapardeurs.

 

Les candidats doivent répondre à des critères précis: être svelte et ceinture noire de judo ou karate. "Des policiers costauds seraient immédiatement démasqués", a expliqué un officier cité par le quotidien Asahi.

Un membre de l'escouade taille mannequin (1,71 mètres pour 61 kilos) s'est dit fier de sa mission: "C'est lâche de s'attaquer à de faibles femmes".

 

La ressemblance des policiers déguisés avec les membres du beau sexe prête parfois à confusion: un jeune policier a ainsi confié la "panique" qu'il a ressentie lorsqu'un conducteur s'est arrêté à son niveau, lui proposant d'aller faire un tour en ville.

 

L'unité n'a pour l'instant arrêté aucun voleur, a précisé le journal.

Par Nanaud
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Mercredi 25 novembre 2009

le 25/11/2009 à 16h43  par AFP



Le très populaire Yukio Hatoyama, fraîchement arrivé au pouvoir après avoir promis le changement, est au centre d'une affaire de financement illégal de ses activités politiques. Dernière révélation en date: sa richissime mère lui aurait versé bien plus que ne le tolère la loi.

 

Afficher l'image Le Premier ministre japonais Yukio Hatoyama
Le Premier ministre japonais Yukio Hatoyama

Le Premier ministre japonais Yukio Hatoyama est au centre d'un scandale de financement politique, portant sur le versement illégal d'importantes sommes d'argent au profit de son fonds de soutien. Les journaux nippons alimentent depuis plusieurs semaines la chronique de cette affaire qui écorne l'image du populaire chef du gouvernement de centre-gauche, nommé à la mi-septembre.

Selon les dernières révélations publiées mercredi, la mère de M. Hatoyama aurait versé des dizaines de millions de yens (plusieurs centaines de milliers d'euros) au fonds de soutien de son fils pendant plusieurs années. La loi japonaise interdit à un donateur individuel de verser plus de 1,5 million de yens (11.300 euros) par an pour financer des activités politiques. Yasuko Hatoyama est la fille aînée du fondateur de la marque de pneumatique Bridgestone, Shojiro Ishibashi. La fortune des Hatoyama est immense et cette famille, qui a donné plusieurs politiciens de premier plan au Japon, est souvent comparée aux Kennedy.

Selon la presse, un ex-assistant de Yukio Hatoyama devrait prochainement être inculpé pour avoir falsifié l'origine de fonds recueillis pour les activités politiques de son ancien chef. Interrogé mardi à ce sujet, le Premier ministre a simplement déclaré: "Tout est entre les mains du procureur". Plusieurs sondages publiés courant novembre ont indiqué un léger effritement de sa cote de popularité, évaluée autour de 62% contre plus de 70% en octobre.

Par Nanaud
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Mardi 24 novembre 2009

le 24/11/2009 à 12h46  par Harold Thibault (Aujourd'hui le Japon)



La Mistubishi UFJ a envoyé un mail à ses employés, les enjoignant à rentrer tôt pour passer "du temps en famille" et contribuer ainsi à résoudre le problème du faible taux de natalité auquel est confronté le Japon.

 

Afficher l'image Des passantes devant une agence de la banque Mitsubishi UFJ à Tokyo
Des passantes devant une agence de la banque Mitsubishi UFJ à Tokyo

Les employés de la première banque japonaise ont chacun reçu un e-mail assez inhabituel de la direction, les appelant à rentrer chez eux 50 minutes plus tôt qu'à l'accoutumée. Soulignant le très faible taux de natalité du pays, la Mitsubishi UFJ leur conseille de profiter de ce temps libre pour passer du "temps en famille".

La campagne interne de la MUFJ s'ajoute à d'autres initiatives nationales déjà envisagées pour inciter les Japonais à faire plus d'enfants. Le raisonnement est simple: si le "salaryman" japonais et sa compagne rentrent du travail à une heure plus raisonnable, alors qu'ils avaient jusqu'à présent l'habitude de consacrer leurs soirées à leur entreprise, ils auront peut-être l'énergie pour se retrouver un peu ensemble et se reproduire.

La démarche de la banque nippone n'est pas superflue: l'archipel souffre d'un vrai problème démographique et, avec 1,3 enfant par femme en moyenne contre 2,1 nécessaires à assurer le renouvellement de la population, le Japon a l'un des plus faibles taux de fécondité de la planète. Certains médias locaux évoquent une "société sans enfants".

Une situation qui s'explique par le mode de vie des Japonais urbains: ils consacrent journées et soirées à leur entreprise, rentrent le soir dans des logements exigus et estiment que leurs revenus sont insuffisants pour assumer une nouvelle charge. Au Japon, on se marie tardivement, à l'approche de ses 30 ans en moyenne. Et à la différence des pays européens, avoir un enfant hors mariage y est encore très mal perçu.

La faible natalité est entrée au coeur du débat politique, notamment avec l'arrivée historique au pouvoir du Parti démocrate de Yukio Hatoyama. En campagne, ce dernier a promis d'allouer l'équivalent de près de 200 euros par mois et par enfant aux familles ainsi que d'augmenter la prime à la naissance à 4000 euros. Il veut également rendre la scolarité dans l'enseignement secondaire public gratuite. Avec la crise, le nouveau gouvernement doit encore trouver une source de financement pour ces mesures.

Le problème n'est pas qu'économique. Il touche à l'organisation de la société. Pour les Japonaises, avoir un enfant est un dilemme, qui signifie souvent devoir abandonner son emploi et mettre un terme à sa carrière. La tradition veut qu'elles quittent leur emploi pour s'occuper de leurs enfants. Une tradition autant qu'une nécessité, car les crèches manquent. Les épouses ne comptent pas sur leurs maris qui, selon un sondage, passent en moyenne 30 minutes par jour avec leurs enfants ou à s'occuper de tâches ménagères. 70% des femmes travaillant dans des petites ou moyennes entreprises japonaises abandonnent leur emploi à la naissance de leur premier enfant.

Corollaire de la faible natalité, le pays manque de jeunes. Sa population vieillissant, se pose la question de savoir qui financera les retraites de ceux que l'on surnomme "les cheveux gris" dans un pays déjà surendetté. Et comment maintenir une société prospère si la main d'oeuvre n'est pas renouvellée. Des estimations soulignent que si rien ne change, sa population aura baissé d'un tiers d'ici à 2050.

Certaines entreprises, comme la banque Mitsubishi UFJ essayent donc d'inciter leurs employés à se reproduire. Dans ce dernier cas, il semble pourtant que les employés ont eu du mal à décrocher leur travail à une heure inhabituelle à leurs yeux, et sous le regard de leurs collègues.
Par Nanaud
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